_______- Mais d'où alors Madame ? la questionna-t-elle.
_____Traumatisée par son cauchemar de cette nuit et encore plus par cette lettre, Marie ne vivait décidément plus. Elle lui rongeait son existence, faisant de sa vie une sombre histoire. Mais elle se disait qu'elle n'était pas seule ? Mais de quelle aide Madame était-elle ? D'aucune sûrement. Ses gestes peu assurés, son apparence frêle, son esprit étriqué, toutes ces choses qui constituent un être faible. Vaincu à la moindre attaque de son assaillant. La jeune femme devait se rendre à l'évidence, elles étaient faciles à anéantir. Elle les aurait tout de suite, sans mal. Cette ... chose demeurait invincible, invisible, immortelle. Après tout, elles ne vivaient qu'en étant des Humains Faibles.
_____Mais comment les aurait-Elle ? Par quel moyen imprévisible ? Le moyen serait détourné c'était sûr. Ce sera soit une brève attaque fatale ou un épuisement du à une bataille de longue durée. Que faire ? Chercher une quelque conque aide ou tenir sur ses positions sans allié à ses côtés ? Le choix demeurait ardu et crucial ; il avait besoin d'une réponse que ni Marie ni Madame n'avait pour le moment.
_____Madame était descendue, elle avait parcouru le papier des yeux. Mais à cet instants elle n'était plus là : perdue dans ses pensées, aussi lointaines soient-elles. Mais cet enfant n'avait jamais appris l'écriture ? Elle n'avait que quelques jours tout au plus. Madame se souvenait des paroles de Marie : «
Elle n'était pas normale, ...». Mais qu'est-ce que la normalité d'un individu ? Mais malgré tout, elle devait se rendre à l'évidence. Elle ne savait pas comment sa gouvernante était arrivée à cette déduction, ni si ses arguments étaient tangibles ; mais Marie semblait dans le vrai. La véracité de cette affirmation n'avait pas traversé l'esprit de Madame mais maintenant elle l'envahissait entièrement.
_____Et ce n'est qu'après quelques secondes qu'elle répondit d'un «
Pardon ? » assez lointain.
_______- D'où peut-elle nous écrire ?
_______- Vous y croyez encore Marie ? Voyons ! s'indigna Madame.
_____Elle voulait donner d'elle une image forte et inflexible. Mais en elle, et pas si profondément que ça, elle doutait. Oui, le doute la submergeait comme le mal consume une âme damnée. Madame pouvait se donner tout le mal du monde pour se créer une image à son goût, elle vivrait toujours en étant un être faible. Humain.
_______- Oui plus que jamais. Elle nous l'a dit : c'est Elle !
_______- Foutaises ! Quelqu'un veut nous le faire croire voilà tout.
_______- En tout cas, moi j'y crois, se borna Marie comme une enfant capricieuse. Mais par contre « Pas de l'au-delà mais de beaucoup plus bas » ... C'est étrange.
_______- C'est bien ce que j'ai dit ça ne veut rien dire. Je suis la voie de la raison dans cette maison.
_____Comment pouvait-elle affirmer cela ? Marie n'était donc qu'une enfant ? Elle ne pouvait l'admettre. Mais, la jeune femme se devait de respecter Madame ; même si tout ce qu'elle pensait à son égard n'étaient que vulgarités et injures. Des mots exécrables qu'elle voulait lui cracher à la figure. Je la déteste, se disait, personne ne peut aimer cette personne égoïste, hautaine et fade.
_____Pour lui faire plaisir, elle reprit son ton timide d'une petite fille qui craint déjà la punition à venir.
_______- Madame, et si elle nous écrivait de sa tombe, tenta-t-elle, hasardeuse.
_______- Mais oui bien sûr. Mais comment est-ce possible ?_____C'est comme si elle s'était posée la question à elle-même. Le doute avait enfin pris le dessus. C'était même le Mal en personne. Elle se sentait comme habitée par une force étrange qui venait de la traverser au son de ces paroles. La Dame s'appuya contre la table de bois massif. Faible appui. Faible humain. Ses jambes semblaient ne plus pouvoir la porter. Ses membres tremblaient et un frisson lui parcourut le dos jusqu'à la nuque. Apparition des premiers signes précurseurs d'un cri d'angoisse intérieur.
_______- Madame, ça va ? s'inquiéta la jeune femme.
_______- Oui. Très bien, parvint-elle à articuler. Je vais monter me reposer._____Se tenant à tous les meubles présents sur son passage, elle arriva à la rampe de l'escalier, s'y agrippant fermement pour monter dans sa chambre au premier étage. Comme si cela suffisait. Elle vous rattrapera vous savez ? Où que vous soyez, elle sera là. Elle reconnaît sa génitrice entre toutes : elle vous aura soyez sans crainte. Oh Madame, votre conscience vous joue des tours n'est-ce pas ? Votre esprit se trouble, la réalité vous rattrape, adieu votre vie que vous vouliez idyllique. Adieu Madame.
_____Elle s'allongea sur son lit en cet endroit qu'elle pensait sûr et personnel. Son corps était secoué de spasmes nerveux, les yeux grands ouverts fixant ce plafond fade, dans cette chambre terne, que son visage blafard avait détaillé maintes fois.
_____Dites-moi ma chère mère, combien de temps encore arriverez-vous à vous fermer à cette réalité ? Vous ne pourrez jamais oublier ceux que vous avez enfanté.
___________12 Juin 1666 - Après-Midi_______Cet après-midi là, Marie s'occupait des tâches ménagères. Elle chantonnait pour essayer de se donner du courage en époussetant les étagères et les reliures des livres présents sur la bibliothèque du salon. Elle se tenait sur la pointe des pieds sur une chaise quelque peu bancale, mais de cette façon elle pouvait atteindre le dessus des étagères. Il y avait deux bonnes heures, qu'elle s'occupait de cela quand le bébé se mit à pleurer.
_____Alors retirant son tablier et posant son chiffon, la jeune femme, sans se départir de bonne humeur habituelle, alla le plus vite possible à l'étage pour ne pas réveiller Madame. Les pleurs, les cris et autre nuisances l'insupportaient au plus haut point. Marie chaussa un sourire radieux avant d'entrer dans la pièce où régnaient les pleurs répétés du nourrisson.
_______- Chut mon bébé. Ce n'était qu'un cauchemar, je suis là. Rendors-toi._____Et après une berceuse et un moment passé dans les bras de Marie, le bébé s'assoupit de nouveau. Magnifique visage d'ange assoupi. Elle le déposa avec toute la délicatesse possible dans son berceau.
_____Ce bébé la considérait comme sa mère et la gouvernante ne savait pas si elle voulait s'en réjouir ou non. Après tout, elle l'aimait mais ... ce n'était pas le sien. Après tout, sa mère ne s'en préoccupait pas mais ... il méritait un avenir plus doré dans la richesse du milieu de la bourgeoisie.
___________12 Juin 1666 - Soir_______Les esprits étaient sûrement plus calmes. Marie s'était occupée de la cuisine après le ménage, piteuses tâches n'est-ce pas ? Mais après tout sa vie se résumait à ça, à ces travaux de bonnes qui lui assuraient le gîte et le couvert avec de surcroit la présence si aimable de sa patronne. La jeune femme essayait de mettre de l'ironie dans ses motivations quotidiennes, quoi que sa bonne humeur ne fût jamais atteinte par les réprimandes de Madame. «
Le crapaud n'atteint pas la blanche colombe. »
_______- Madame ! Le souper est prêt ! s'époumona Marie depuis sa fidèle cuisine.
_______- J'arrive, j'arrive._____Les petits pas lestes de Madame descendirent le grand escalier principal. Elle semblait en meilleure forme, est-ce que ça allait durer ? Rien n'était moins sûr, la Dame était tellement changeante.
_______- Mmh, ce fumet m'a l'air tout bonnement délicieux, soupira-t-elle d'aise. Qu'allons-nous manger ce soir ?
_______- Du coq au vin. Je me suis dit que cela vous plairait. Mais après vous êtes reposée, allez-vous mieux Madame ?
_______- Mieux, oui, se contenta de répondre la Dame avant que les deux femmes s'assoient._____Leurs dialogues se résumaient à ça, brefs mais assez courtois, respectant chacune leur propre rôle.
_______- Ma question est peut-être indiscrète et inopportune, mais j'y ai pensé en retrouvant les gourmettes destinées à vos futurs enfants en faisant le ménage. Quels prénoms auraient du leur être destinés ?
_______- Théo et Tania, répondit-elle tranquillement en posant ses couverts. Mais peut-être est-ce encore une erreur de ma part.
_______- Oh quels beaux prénoms ! s'enjoua Marie. Et non pas une erreur, un privilège.
_______- Oui très beaux.
_______- Ca aurait été leur défunt père qui aurait été content .. Vous devriez songer à vous remarier qui sait ? conseilla Marie sans aucune gênes.
_______- Là, tu es offensante ! la réprima Madame.
_______- Excusez-moi, je n'étais décidément pas à ma place._____La jeune femme avait été emportée dans son récit et elle s'en voulait, Madame était si susceptible. Les prénoms choisis leur auraient sis à merveille. Théo et Tania. Tania et Théo. Tout aurait été parfait si la petite ne les hantait pas, si elle ne voulait pas leur mort. Il y avait aussi le garçon qui était d'une beauté fatale à faire pâlir n'importe qui. Il était parfait et elle semblait diabolique.
___________13 Juin 1666 - Matin_______La gouvernante se leva plus tard que d'habitude, guillerette. Le soleil entrait dans sa chambre et débordait même dans son esprit. Elle se voulait coquette aujourd'hui. Le temps ensoleillé influençait-il aussi son humeur ? Maintenant, elle était aussi changeante que Madame, elle l'avait contaminée de son attitude lunatique. Les sentiments humains sont trop changeants et ce sont eux qui les font devenir faibles. Faible Humain.
_____Autre chose allait aussi changer sa fantaisie passagère. Elle le découvrit bien assez tôt en descendant, la lettre journalière l'attendait déjà. Ce jour-là ce fut Madame qui l'ouvrit et elle le supporta encore moins bien, car Elle avait sut que cette fois-ci se serait sa propre mère qui allait l'ouvrir. Oui sa mère fade, sa mère changeante, sa mère qu'Elle hantait. Sa Faible génitrice.
« Vous, ma mère. Vous vouliez m'appeler Tania. Je respecte votre choix. Satania sera mon prénom, que le Mal soit mon allié. Mais surtout que tout le monde me craigne, moi, Satania. »
Désolée, je n'ai prévenu personne. /!\